Et si le dernier hommage ne s’arrêtait plus au cimetière ou au crématorium ? Longtemps réduit au traditionnel « temps » organisé dans un café ou au domicile d’un proche, le moment qui suit les obsèques évolue.
De plus en plus, les familles cherchent désormais à créer un véritable instant de rassemblement autour du défunt : prendre la parole, diffuser ses musiques préférées, regarder des photographies, partager un repas ou simplement prendre le temps d’échanger.
Une évolution qui témoigne d’un changement plus large de notre rapport aux funérailles : l’hommage tend à devenir plus personnel et davantage pensé à l’image de celui ou celle qui vient de nous quitter.
Plus de 643 000 décès par an : l’hommage post-mortem devient aussi un enjeu de société
Aujourd’hui, on compte environ 1 760 décès chaque jour en France. Derrière ces chiffres sont autant de familles confrontées à la nécessité d’organiser un dernier hommage…
Or, les attentes évoluent : à côté des cérémonies religieuses, les cérémonies civiles et laïques prennent une place croissante, permettant aux proches de construire un moment qui raconte véritablement la personne disparue.
Et après les obsèques, un nouveau temps de l’adieu semble émerger aussi : en effet cette personnalisation concerne également l’après-cérémonie…
Le verre de l’amitié peut alors prendre une autre dimension : il s’agit désormais de prolonger l’hommage dans un cadre permettant aux proches de rester ensemble, parfois plusieurs heures, sans la contrainte d’un établissement de restauration classique et dans une ambiance adaptée et dédiée.
Selon une enquête PFG/CSA :
- 57 % des Français souhaiteraient pouvoir proposer une célébration liée aux centres d’intérêt du défunt
- 48 % accordent une importance particulière au lieu de la cérémonie, qui doit avoir du sens pour eux ou pour le défunt
- 64 % aimeraient que le défunt laisse une lettre, un enregistrement audio ou vidéo ou un album photo à ses proches.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte de sécularisation de la société française. Alors que les cadres religieux structurent moins systématiquement les moments de la vie, les familles disposent de davantage de liberté pour imaginer leurs propres façons de rendre hommage.
« Funeral planner » : quand l’organisation de l’adieu devient un métier à part entière
Cette évolution fait émerger de nouveaux professionnels. Encore peu connu en France, le funeral planner accompagne les familles dans la conception et la coordination d’un hommage personnalisé. À l’image du wedding planner pour un mariage, il peut aider à imaginer le déroulement de la cérémonie, sélectionner les intervenants, organiser la musique, les photographies, la décoration ou encore trouver un lieu adapté.
Une profession qui vient compléter le rôle traditionnel du conseiller funéraire, dont la mission consiste à accompagner les familles dans l’organisation des obsèques et à coordonner les différents intervenants.
L’émergence de nouveaux lieux dédiés à l’hommage
À Paris, certains lieux événementiels commencent ainsi à ouvrir leurs portes à ces nouveaux usages, pour offrir aux proches du défunt, des endroits dédiés aux pots d’adieu, loin des restaurants inadaptés ou des domiciles de proches…
Situé dans le 20e arrondissement, à une dizaine de minutes à pied du Père-Lachaise, Le Solaris accueille par exemple des familles pour des pots d’adieu, des cérémonies laïques d’hommage et des réceptions après obsèques. Loin de l’image traditionnelle de la salle funéraire, cet ancien auditorium Art déco de 1927, propose un cadre lumineux et modulable pouvant accueillir jusqu’à 200 personnes. Sa configuration permet d’organiser aussi bien une cérémonie avec prises de parole qu’un temps plus informel autour d’un buffet, de photographies ou de musique.
Les équipes de ces nouveaux lieux travaillent en coordination avec les services funéraires afin de prendre en charge la dimension logistique et de permettre aux proches de se concentrer sur l’essentiel et le deuil.
De « faire ses adieux » à « raconter une vie »
Derrière cette transformation du pot d’adieu se dessine finalement une évolution plus profonde : le besoin de redonner du temps et de la place au récit dans les cérémonies funéraires.
Une anecdote racontée par un ami, une chanson qui rappelle une époque, un diaporama de photographies ou simplement plusieurs heures passées ensemble avec les proches : ces éléments peuvent devenir autant de façons de faire exister une dernière fois une personnalité, des souvenirs et une histoire collective.
Le pot d’adieu ne serait donc plus seulement l’ultime étape pratique des obsèques. Il pourrait devenir un véritable moment de cérémonie, à mi-chemin entre hommage, retrouvailles et transmission… Il est peut-être en train de passer du statut de « moment d’après » à celui de véritable temps de cérémonie.
Quelques faits historiques et anecdotes sur notre rapport à la mort
Avant le XIXe siècle, les cimetières n’avaient pas du tout la place qu’ils occupent aujourd’hui dans notre imaginaire. Les morts étaient souvent enterrés dans ou autour des églises, les tombes individuelles étaient relativement rares et on ne se rendait pas au cimetière comme on le fait aujourd’hui pour « rendre visite » à un proche disparu.
C’est au XIXe siècle, apparaît progressivement le cimetière moderne, avec les tombes individuelles et familiales, les visites, les fleurs, le recueillement et le culte du souvenir. L’historien Guillaume Cuchet parle même du XIXe siècle comme du siècle où s’est développé un véritable « culte des morts ».
Pour en savoir plus les histoires qui rythment le quotidien des cimetières : une soirée « Que se passe-t-il au Père Lachaise : Récits, photographies, musique — le cimetière vivant raconté par celles et ceux qui le connaissent de l’intérieur », le 26 novembre à Paris, au Solaris… Trois voix viennent raconter ce patrimoine singulier : son conservateur, Benoit Gallot, un écrivain qui y a ancré son dernier livre, Mathieu Simonet et une journaliste qui met en lumière son matrimoine, Camille Paix.