Tracteur champs

Lisieux, le phyto contre-attaque

L’interdiction du phyto dans les cimetières, c’est bien. Les remplacer par autre chose, c’est mieux. Le problème, c’est que le seul dispositif aussi efficace est l’huile de coude, qui coûte cher. Lisieux a du réagir, mais qu’en sera il ensuite ?

Mauvais esprit et mauvaise graine

À Lisieux, la polémique au sujet de l’état du cimetière municipal ne cessait d’enfler depuis plusieurs semaines. Les herbes folles, particulièrement la Vergerette du Canada dont la prolifération est spectaculaire, avaient envahi les allées et même certaines concessions privées. La situation avait pris une telle ampleur qu’une pétition avait circulé, exhortant la mairie à agir sans attendre.

Le mercredi 20 août 2025, une opération d’envergure a finalement été organisée. Les six agents du cimetière ont été rejoints par une trentaine de collègues issus des services techniques pour un grand nettoyage.

L’adjoint aux finances, aux services à la population et à la sécurité, Florian Lépine, a salué l’investissement des équipes, soulignant la qualité du travail accompli et l’importance de redonner au lieu « un aspect plus agréable » afin d’apaiser la colère de certains habitants.

Cette mobilisation exceptionnelle, d’ordinaire programmée vers la fin de l’année, sans doute aux alentours de fin octobre, afin de limiter la repousse des plantes et la grogne des visiteurs de la Toussaint a cette fois été avancée face à l’urgence. L’élu reconnaît que certaines herbes atteignaient sa propre taille (qu’il n’a pas précisée) et que des interventions sur des concessions privées ont dû être effectuées malgré le principe selon lequel leur entretien incombe normalement aux familles.

L’adjoint annonce par ailleurs qu’une révision du règlement intérieur du cimetière sera discutée d’ici la fin de l’année, afin de sensibiliser davantage les familles et de donner à la mairie une marge de manœuvre plus claire en cas de défaillance d’entretien.

Derrière cette polémique locale se profile une difficulté plus large, commune à de nombreuses communes françaises : la gestion des espaces publics depuis l’interdiction de l’usage des produits phytosanitaires. La loi Labbé, renforcée en 2017 puis étendue en 2019, interdit en effet aux collectivités d’utiliser des pesticides chimiques dans les parcs, jardins, espaces verts et sur les voiries.

Les cimetières et terrains de sport ont longtemps bénéficié de dérogations, mais la tendance est désormais à une suppression quasi totale de ces produits pour protéger la biodiversité et la santé des habitants. Cela signifie que l’entretien repose désormais sur des méthodes manuelles ou mécaniques, plus coûteuses en main-d’œuvre et parfois moins efficaces face à la prolifération rapide de certaines plantes invasives.

Les cimetières sont particulièrement touchés du fait de leur architecture particulière. Le même problème se retrouve dans d’autres lieux sensibles : les trottoirs en centre-ville, les abords d’écoles, les zones de voirie peu fréquentées ou encore certains stades, où l’herbe non traitée exige un suivi constant.

Cette transition écologique, « saluée sur le plan sanitaire et environnemental » par une toute petite minorité, génère donc un nouvel équilibre à trouver entre l’acceptation sociale d’espaces plus « naturels » et l’attente d’un aspect irréprochable, notamment dans les lieux de mémoire comme les cimetières.

C’est reculer pour mieux sauter : les herbes vont recommencer à pousser à Lisieux et ailleurs et le problème se reposera dans quelques semaines ou quelques mois. La facture finira par être présentée. C’est une spécialité bien française : forcer le contribuable à passer à la caisse pour une mauvaise idée dont il ne voulait pas.

Guillaume Bailly

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