Thierry Ardisson

Ardisson, à qui appartient la mort ?

Le décès de Thierry Ardisson a été annoncé deux fois : une fois, à tort, le 13 juillet, par un influenceur, et le lendemain par sa famille. L’épouse de l’animateur a annoncé déposer plainte. Mais dans cette histoire, qui a raison et qui a tort ?

Deuil pour l’homme en noir

Thierry Ardisson est décédé ce 14 juillet 2025. Qu’on aime ou pas le bonhomme, il faut reconnaître l’influence qu’il a eu sur la télévision, et avant cela dans la publicité. Amusez vous, si vous avez le temps, à chercher les slogans publicitaires qu’il a créé : si vous avez plus de 40 ans, sans le savoir, vous avez sûrement du Ardisson plein la tête.

Mais le décès de l’animateur a donné lieu à un fiasco : en effet, le 13 juillet, Clément Garin a annoncé le décès de l’animateur. Ce qui a suscité une réaction vive de l’épouse de ce dernier, Audrey Crespo-Mara. Réaction normale quand on sait que l’animateur était alors hospitalisé, en train de se battre pour sa vie. Un combat qu’il a perdu le lendemain.

Mais, demanderez vous peut-être, qui donc est Clément Garin ? Et bien votre serviteur n’en a pas la moindre idée. A priori, c’est un informateur « gossip », qui propage des potins donc, assez suivi et connu. Du même acabit que Aquababe, l’influenceur qui prétendait retrouver Xavier Dupont de Ligonnes.

Les deux, Garin et Aquababe, ont d’ailleurs le même profil : ils prétendent faire de l’information alors qu’aucun des deux, sans doute, ne survivrait à une pichenette d’Albert Londres ou de Joseph Kessel. Ces deux derniers faisaient leur métier de journaliste en pensant que, si ils n’avaient pas failli se faire tuer cinq fois avant l’heure du déjeuner, c’est qu’ils n’avaient pas assez creusé leur sujet.

La défense de Garin, en réponse à Audrey Crespo-Mara, a été assez simple : il voulait de la considération et estimait que, lui aussi, même si il n’avait pas le poids d’une grande agence de presse, avait le droit d’annoncer le premier une nouvelle. On va y revenir.

Parce que ce que lui reprochait l’épouse de Thierry Ardisson, c’était surtout d’avoir annoncé la mort de l’animateur alors que celui-ci était encore vivant, entouré de sa famille et de ses proches qui avaient encore de l’espoir. C’est ça, le problème. Le seul ?

Parce que si Thierry Ardisson était réellement décédé à ce moment là, il n’y aurait pas eu de problème, donc. Juste, l’info aurait été annoncée par Clément Garin plutôt que par l’AFP ou Reuters, parce qu’il a le droit, aussi, à la fin.

C’est remarquable, parce qu’il arrive à avoir raison et tort en même temps. Légalement, annoncer le décès de quelqu’un en premier si la personne est réellement morte ne pose aucun souci. Moralement, par contre, c’est un autre sujet. A qui revient le droit d’annoncer un décès ? Au premier qui a l’info, ou à celui qu’a choisi la famille ?

Il semble normal que chaque famille aie le droit de choisir le moment, la forme et l’interlocuteur pour annoncer le décès d’une personne aimée : c’est leur perte, le deuil leur appartient et c’est à eux seuls d’en choisir la forme. Mais Ardisson était une personnalité publique, alors… Cet argument ne tient pas : Ardisson, caustique, menant des interviews rentre-dedans à la télé, était une personnalité publique, certes. Mais Thierry, atteint d’un cancer, fermant les yeux pour toujours, était l’être cher de ses proches, et seulement ça. C’est une barrière subtile que seule la décence sait placer.

En parlant de décence… Clément Garin a expliqué que, si Audrey Crespo-Mara était si en colère contre lui, c’est parce qu’elle réalisait un documentaire sur Thierry Ardisson et voulait garder le scoop pour elle. On rappelle qu’il parle d’une femme qui vient littéralement de perdre son mari il y a quelques heures. Et que l’explication est… J’allais écrire un mot qui commence par « stu » et finit par « pide » : la famille a fait l’annonce du décès, et le documentaire n’est toujours pas passé. Quel genre d’esprit pourrait prêter des idées aussi tordues à quelqu’un d’autre ? Oh, oui, évidemment…

L’homme en noir n’est plus, et si on en juge par certains, la relève est loin d’être assurée.

Guillaume Bailly

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