Ernestine Garnier choisit un lieu que Paris traverse souvent sans vraiment le regarder et lui rend du bruit, des querelles, bref, une vie. Au cimetière Montparnasse, Charles-Michel, gardien depuis près d’un demi-siècle, apprend qu’il va devoir prendre sa retraite au moment où d’étranges vols frappent les sépultures. Rien de spectaculaire au départ : des cailloux, une palme, quelques stylos, une bouée. Sauf que les défunts n’entendent pas se laisser dépouiller sans réagir. L’eau des fleurs sera à changer le 7 octobre.
Le décor devient une petite ville parallèle. Philippe Noiret arrache les mauvaises herbes, Charles Cros s’inquiète, Eugène Belgrand convoque des assemblées, Marguerite Duras rôde dans les souterrains et la Mort administre l’au-delà avec un sérieux très relatif. Charles-Michel, lui, savoure ses rondes : « Il se disait parfois qu’il était payé à marcher dans un musée à ciel ouvert et qu’il aurait tort de ne pas savourer chaque mètre. » Cette phrase donne le ton : derrière la fantaisie, le roman avance comme une promenade patrimoniale où chaque pierre peut ouvrir une porte.