plaques funéraires, incontournables de nos cimetières

L’invention de la plaque funéraire

Les plaques funéraires, incontournables de nos cimetières, avec leurs inserts, font aujourd’hui partie du paysage. Mais quand et par qui ont-elles été inventées ? L’origine en est lointaine et, comme souvent, elle a subi maints changements, tant dans sa forme que dans son intention.

L’ex-voto, ancêtre de la plaque funéraire

L’ex-voto est, selon la définition la plus courante, « Un objet offert pour l’obtention ou en remerciement d’une grâce ». Son origine lexicale vient du latin, voto signifiant vœu. Et si ces offrandes souvent artistiques ont été une constante de la civilisation latine, elles n’y trouvent ni leur origine, ni leur exclusivité. On retrouve des « proto ex-voto » jusqu’au néolithique, et si force est de constater qu’ils ont peu de choses à voir dans la forme, l’intention semble identique.

A l’époque latine, les ex-voto sont disposés en offrande dans des sanctuaires consacrés à la où aux divinités concernées. L’on en trouve de deux sortes : la première, symbolique, représente une aliénation ancienne, comme un bandage ou une béquille, parfois des chaînes, présents d’esclaves affranchis ou de prisonniers libérés, et s’offre en remerciement. La seconde est une offrande manufacturée, généralement à caractère artistique ou artisanal, spécialement façonné, qui accompagne plutôt une demande.

On trouve des traces d’ex-voto dans tous les pays du pourtours méditerranéen : de la Rome antique jusqu’à l’Égypte des Pharaons, en Irak Chiite en passant par l’Europe chrétienne. Ce sont les religions monothéistes qui ont finalement provoqué le déclin des ex-voto.

L’église catholique a découragé la pratique, l’offrande échappant à son contrôle et pouvant contenir une symbolique païenne. Sans vraiment l’interdire, elle l’a découragée, assimilant à tort les ex-voto à une religiosité populaire et naïve, se rendant compte trop tard du trésor artistique qu’ils représentaient souvent. L’islam a d’emblée considéré la pratique comme de l’idolâtrie, et c’est le prophète Mahomet lui-même qui l’a interdite.

De la religion au funéraire

D’Italie et de Provence, au haut moyen-âge, sont venues de nouvelles formes d’ex-voto, des plaques peintes. Représentant l’objet de la supplique, ou des scènes montrant à quel point le quotidien était difficile, ces ex-voto étaient destinés à « illustrer » les prières.

Scènes de pêche, pour demander à Dieu de permettre aux marins de rentrer à bon port, scènes des champs, pour demander des récoltes abondantes… Et, petit à petit, des portraits, soit des visages, soit une représentation en activité, généralement au travail : des portraits de défunts, pour demander à Dieu de l’accueillir au Paradis.

Confondus au sein de la tradition des ex-voto, ces portraits vont peu à peu disparaître, en même temps que la pratique votive va baisser. Toutefois, petit à petit, les plaques funéraires vont apparaître, avec une transition : de la tradition votive, supplique pour l’âme du disparu, elle prendra une signification axée sur le deuil et l’hommage. Le message n’est plus adressé à Dieu, mais au défunt, pour lui rendre hommage, mais aussi aux vivants, à la famille, pour marquer son respect, et à la société, pour montrer son opulence et l’estime en laquelle on tenait le disparu.

Les ex-voto antiques et médiévaux appartiennent au patrimoine culturel, symbole d’une époque, qui la représentent souvent, et pour certains œuvres d’art. La pratique perdure dans l’absolu : les messages de remerciements gravés sur des plaques de marbre dans certaines chapelles appartiennent à la tradition votive.

La plaque funéraire telle que nous la connaissons descend directement de l’ex-voto. Initialement une prière en direction de sa divinité, puis supplique pour accueillir l’âme du défunt, et enfin hommage direct au disparu, seul le destinataire, au final, a changé.

Guillaume Bailly

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