Suite à notre article sur les Charognards, nous avons pu échanger avec un de ses auteurs. C’était intéressant, et ça remet quelques points en perspective. Et il y a un point qu’il nous faut soulever.
Le téléphone sonne toujours deux fois
Le mail est arrivé à la rédaction et m’a été transmis : un des auteurs des « Charognards » souhaitait me parler. Comme j’avais un instant, j’ai appelé le numéro. Rapide ? Oui, tant qu’à me faire engueuler ou menacer, autant expédier la corvée tout de suite.
Sauf que Matthieu Slisse n’avait aucune intention, ni de crier, ni de promettre quelconque coercition. Juste l’envie de comprendre certains points de mon article et soulever quelques objections. Et l’échange a été très sympathique, parce que Matthieu l’est, et qu’il a un vrai désir de comprendre et d’expliquer.
Ce qui rend d’autant plus dommage que le salon funéraire Paris lui refuse l’accès. Malgré ses demandes réitérées, précisons le. Et malgré le fait que le salon avait manifesté l’envie de s’ouvrir plus à la presse. L’explication ? Ses organisateurs ne pensent pas que la présence de Matthieu soit souhaitable avant que le climat ne se soit apaisé.
Et c’est gênant, comme explication. S’il s’agissait du salon, disons, du paysan caricatural de film de la Hammer, alors oui, on aurait pu craindre que l’assemblée attend Matthieu avec des fourches et des torches. Mais il s’agit du salon du funéraire, fréquenté par des professionnels bien élevés. Le plus grand danger que court Matthieu, c’est que quelqu’un lui dise « désolé, Monsieur, mais je ne souhaite pas vous serrer la main », et peut être une conversation à 80 décibels au lieu des 60 habituels.
Ça va. Il est journaliste. Pour un journaliste d’investigation, une journée durant laquelle quelqu’un n’a pas refusé de vous parler, ça s’appelle un « jour de congé ».
Parce que ce qu’il ressort de la conversation que j’ai eue avec Matthieu, c’est que ni lui, ni Brianne Huguerre-Cousin, la co-autrice du livre, n’avaient l’intention de « taper » sur toute la profession. Et que « Les Charognards » n’est pas un livre militant. Mais cela, j’y reviendrais ans le prochain article, qui est une re-lecture du livre à tête reposée.
Parce que oui, dans le premier article, j’avais commis une erreur : lire le livre à vif et le considérer comme une attaque en règle comme la profession. J’ai donc pris le temps de le relire après avoir respiré un bon coup et discuté avec un de ses auteurs, et… Je n’ai pas changé d’opinion, mais disons que je vais grandement la nuancer.
Je pense que toute la profession gagnerait à montrer à Matthieu que l’immense majorité des convois ne financent pas les retraites des profs canadiens, que la personnalisation des obsèques est devenue centrale, que la profession a intégré l’écologie, que les fournisseurs intègrent autant le respect du défunt que l’ergonomie pour le personnel, bref, que le métier est formidable et qu’il est fait par des gens biens. Ce dont il ne doute pas, notez le.
Mais aussi lui expliquer que les obsèques financées par la sécurité sociale seraient une aberration, qu’un service public du funéraire une catastrophe, et que les contrats obsèques des agences de PF ne sont pas parfaits, mais que ceux des baques sont bien pires.
Et écouter aussi ce qu’il a à dire. Parce que Brianne et Matthieu ont bossé leur sujet, et qu’il en ressort des points cruciaux.
Ce serait plus intéressant, en tout cas, que de lui montrer l’huis clos, verrouillé à double tour. Il n’y a que chez les fabricants de portes que ça fait avancer le débat. Et puisqu’un de mes articles a servi de justificatif au fait de laisser Matthieu à la porte, si celui-ci pouvait le faire entrer, ce serait justice.
Guillaume Bailly