Pompes Funèbres et Argent

Les pompes funèbres sous le mauvais angle

Les pompes funèbres sont gâtées pour cette saison 2019-2020 ! Après une enquête d’une association de consommateurs, voici venu un reportage télé sur le business des pompes funèbres. Non pas que ce qui y soit dit soit faux, simplement, les choses sont montrées sous le mauvais angle.

Point et angle de vue

Vous avez peut être déjà vu cette image : un cylindre en trois dimensions, avec deux sources de lumière projetées depuis deux angles différents. Une des ombres est un cercle parfait, et il est indiqué « ceci est la vérité ». La seconde ombre est un rectangle, lui aussi parfait, et il est également indiqué « ceci est la vérité ».

Les reportages sur les pompes funèbres, c’est exactement la même chose : on vous montre une ombre et on vous explique que ceci est la vérité, sans préciser que ce n’est qu’une image d’une réalité plus complexe, et en volumes. Il n’y a rien de neuf sous le soleil : Platon avait déjà soulevé le problème avec l’allégorie de la caverne.

Qu’ont en commun tous les reportages, enquêtes, dossiers etc. sur les pompes funèbres ? Ils sont tous présentés sous l’aspect économique.

Simplifier la complexité ?

N’importe quel travailleur du funéraire vous le dira : oui, il y a un aspect économique dans les pompes funèbres. Il y a aussi un aspect technique, un aspect sanitaire, un aspect psychologique, un aspect réglementaire et juridique, un très gros aspect humain, et en plus d’assimiler toutes ces connaissances, il est également conseillé de ne pas avoir du chewing-gum à la place des biceps.

C’est un tout, et rien ne va sans les autres. Mais la plupart du temps, les reportages ignorent tous ces aspects, qui montrent la difficulté et la complexité de cette profession. Il est plus simple de montrer un aspect qui fait réagir les gens pour assurer de l’audience. Et donc de la rentabilité.

C’est jouer avec ce complexe français vis à vis de l’argent. Prenez un conseiller funéraire : une famille qui se rendra dans son bureau attendra à minima de lui qu’il saches gérer son dossier et son deuil de A à Z. Ce qui implique un panel de connaissances qui va de la marbrerie au droit en passant par la logistique et, bien entendu, la psychologie. Sans parler du risque couru en permanence par des conseillers funéraires qui sont enfermés dans un bureau avec des familles qui sont dans un état émotionnel paroxystique. Les agressions de personnel funéraire, ça existe.

Et il devra, bien entendu, être disponible sept jours sur sept, vingt quatre heures sur vingt quatre.

Cachez cette rémunération que je ne saurais voir

Et pourtant, si le conseiller a le malheur de montrer qu’il gagne correctement sa vie, la famille l’identifiera aussitôt comme un salaud de profiteur qui s’en met plein les poches grâce au malheur d’autrui.

Et si il a le malheur de montrer qu’il ne gagne guère plus que le SMIC, alors c’est le salaud de patron qui s’en met plein les poches. Oublié l’adage « tout travail mérite salaire » et encore plus « tout travail que peu de gens accepteraient de faire mérite salaire à sa mesure ».

D’autant que, même privatisé, les pompes funèbres restent un service public, réquisitionnable et soumis  diverses obligations. Sauf preuve du contraire, ce ne sont pas les jardiniers municipaux qui s’occupent des obsèques d’indigents.

Tout ceci nous amène à cette histoire de cercueil d’appel de gamme. Il y a maint raisons de ne pas l’exposer. Une d’entre elles serait, par exemple, de ne pas vouloir complexer les familles dont les moyens ne leur permettent que cette solution en leur montrant cette bière très basique exposée au milieu de cercueils rutilants, aux moulures finement travaillées dans des bois précieux… Il y en a d’autres, que je vous invite d’ailleurs à détailler en commentaires.

Aucune explication ne sera néanmoins recevable par le spectateur, que le réalisateur du reportage aura préalablement orienté vers une conclusion préétablie : les pompes funèbres s’en mettent plein les poches.

A quand un reportage honnête qui montrerait les différents aspects du métier dans toute sa complexité ? « Oh, mais mon pauvre monsieur, ma pauvre dame, vous n’y pensez pas, ce serait d’un rasoir, personne ne regarderait. La télévision aussi doit assurer sa rentabilité, vous savez ce que c’est ! »

Guillaume Bailly

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